A chaque crise économique c’est la même rengaine, vendre le mobilier culturel pour combler les trous, et avec la crise du COVID-19 on n’y échappe malheureusement pas.
Stéphane Distinguin, 46 ans, fondateur et PDG de la société technologique internationale Fabernovel, a proposé aux Français de “vendre les bijoux de famille” pour lutter contre la pression économique causée par la pandémie.
Il l’a déclaré au magazine français Usbek & Rica : Jour après jour, nous énumérons les milliards de personnes englouties dans ce marasme comme des enfants qui comptent la chute d’une pierre dans un puits pour en mesurer la profondeur. Nous continuons à compter, et cette crise semble insondable.
En tant qu’entrepreneur et contribuable, je sais que ces milliards ne sont pas inventés et qu’ils vont nécessairement nous coûter cher. Un réflexe évident est de vendre un bien de valeur au prix le plus élevé possible, mais le moins critique possible pour notre avenir.
Un tableau est facile à déplacer et donc à remettre. Et nous avons beaucoup de tableaux. D’ailleurs, combien de visiteurs du Louvre et d’admirateurs de sa Joconde prennent le temps de contempler dans la même salle Les Noces de Cana, de Véronèse, avec ses 67 mètres carrés et ses 130 personnages ?
En 2020, il faut que l’argent soit là où il est. Alors, vendez des bijoux de famille. Sinon, seuls les Googles, Apples, Facebooks, Amazones, Microsofts, Disneys, Netflixs, Alibabas et Tencents de ce monde pourront contribuer au financement de la culture”.
En discutant de ce qu’il pense que le tableau rapporterait, il a déclaré : “Le prix est le cœur du problème et le principal sujet de controverse. Il faut que le prix soit fou pour que l’opération ait un sens. J’estime qu’il faudrait pas moins de 50 milliards d’euros (44,7 milliards de livres sterling) pour acquérir la Joconde. On m’a dit que mon estimation était très surévaluée, voire farfelue, mais chaque fois sans véritable argument”.
Il a également suggéré de “symboliser” la Joconde en créant une chaîne de blocs comme Bitcoin afin que les parties puissent facilement échanger le tableau. Il a déclaré : “Depuis 2014, la technologie a progressé et elle ouvre de nouvelles voies. La communauté des blockchains et des cryptocurrences est rapidement venue à mon secours. Nous pourrions envisager de “symboliser” la Joconde, il s’agirait de créer une représentation numérique d’un actif sur une chaîne de paiement.
Plus schématiquement encore, ce serait un peu comme créer une monnaie dont l’actif sous-jacent serait notre tableau afin de permettre la gestion et l’échange de pair à pair, instantanément et en toute sécurité. Les artistes contemporains – notamment les artistes de rue, pour lesquels la vente d’une œuvre d’art se heurte à de nombreux obstacles – ont déjà profité de ce dispositif pour monétiser leur travail.
Ce serait comme un grand abonnement global. Juridiquement et techniquement, cette solution aurait de nombreux avantages : elle permettrait à la France et au Louvre de garder le contrôle du tableau. On peut même imaginer que ce stratagème recueillerait l’assentiment du grand Léonard de Vinci, lui qui peignait mais maîtrisait aussi toutes les sciences et technologies de son temps”.
Et d’ajouter : “Pour l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, 50 milliards, ne représente qu’un tiers de sa fortune, à peine plus que la somme versée à sa femme dans le cadre de son récent divorce. Pourquoi ne pas rebaptiser notre œuvre “Mona Lisa del Giocondo-Bezos” ?
Stéphane Distinguin est un homme d’affaires et un entrepreneur technologique français qui a fondé Fabernovel en France en 2003.
Distinguin a reçu la Légion d’Honneur, le plus haut ordre du mérite de la France, en 2019.
La Joconde est un portrait peint par l’artiste italien Leonardo da Vinci. Il est largement considéré comme le chef-d’œuvre archétypal de la Renaissance italienne.



